La construction du lycée

(actualisé le ) par Administrateur

Aux élections de 1908, tous les partis inscrivirent dans leur programme la construction d’un lycée. Le nouveau maire, Édouard Nortier, entreprit donc une nouvelle démarche avec une autorité plus grande, et les résultats ne se firent plus attendre : le 28 juillet, Gaston Doumergue, ministre de l’Instruction publique, informait la municipalité qu’il attendait les propositions, plans et devis... arrêtés d’un commun accord entre la ville et son département ; la part de l’État serait de 50 pour 100. On croyait encore à ce moment, que le coût de l’entreprise ne dépasserait pas trois millions. Un seul point négatif subsistait du côté du conseil général que l’on sentait mal disposé pour une commune « riche » comme Neuilly.

En février 1909, la grande propriété des Dames Augustines anglaises (17 500 m2) passa en vente. La ville ne se porta pas acquéreur, et cette réserve suscita des critiques. Il semble que le temps ait manqué. Aussi pour presser les événements, la commission présenta-t-elle un avant-projet qui fut voté à l’unanimité : création d’une commission d’acquisition des terrains, et concours public pour les plans d’un lycée de 800 externes et demi-pensionnaires. Le choix de cette commission se porta sur le quadrilatère que nous connaissons bien, 12 483 m2 , « dans un quartier largement aéré, central, éloigné de toute usine ou atelier ». La municipalité s’engageait ainsi de manière irrévocable ; elle pouvait, dès lors, demander aux services du ministère le programme détaillé des constructions à prévoir. La réponse du ministre, Gaston Doumergue, nous paraît intéressante car elle a déterminé les traits généraux de l’édifice. L’évaluation des dépenses était calculée d’après celles du lycée Voltaire, que l’on trouvait excessives. On écarta donc l’emploi de la pierre de taille, trop chère, au profit de la brique ; les motifs sculpturaux étaient condamnés « pour leur trop grande dépense ». Le résultat serait « moins sévère, mais plus gracieux » et, sans vouloir médire de Voltaire, on peut se féliciter de ces décisions.

Le 28 juin 1912, le conseil demanda au ministère d’agréer le choix du nom de Pasteur. Pour l’établissement des plans, la ville avait vite renoncé au concours public. Le conseil municipal, entraîné par M. Aulanier, retint le nom de Gustave Umbdenstock. La décision est du 10 février : en moins d’un an tous les plans étaient remis à la ville. L’architecte avait poussé la conscience jusqu’à donner le dessin de tout le mobilier, élévation, coupe, assemblage. Lors de l’exposition qui s’est tenue à l’occasion des fêtes du 75e anniversaire du lycée, en 1989, dans le gymnase Borghèse, beaucoup de ces documents puisés dans les archives municipales, avec le concours efficace de M. Perel, l’archiviste de la ville, et la liberté totale accordée par le maire, M. Nicolas Sarkozy, ce dont nous lui sommes très reconnaissants, ont pu être exposés au public. De même et surtout, les maquettes des cabinets d’architectes n’existant pas encore, l’admirable tableau qu’est ce projet sur papier soumis à la municipalité, conservé au centre Artur Lopez, mais fragile, a pu être exposé.

Né à Colmar en 1866, Umbdenstock, professeur à l’École des beaux-arts et à Polytechnique, membre de l’Institut, face aux édifices géométriques imposés par l’usage de l’association fer-ciment, s’est efforcé de sauver les traditions d’élégance et de légèreté de l’architecture française. Le lycée Pasteur porte la marque de son créateur et de son temps. Le patrimoine budgétaire l’a préservé de l’enflure de la pierre de taille et de la sculpture officielle. Mais le règne du béton n’est pas encore installé. Umbdenstock vit tout naturellement dans le matériau à bon marché qu’on lui imposait comme une invite à la radieuse association de la première Renaissance française : encadrements de pierre, murs de brique, toits d’ardoise. Bien que l’imitation reste libre, le lycée Pasteur n’en est pas moins un parent du Blois de Louis XII, avec son gai visage rose, bleu et blanc, avec ses tours d’angle, et ses grands toits à pente rapide. Sous ces dehors traditionnels, le technicien découvre avec surprise une infrastructure de ciment qui ne manque pas d’audace pour son temps. Cette construction prendra sans doute, avec les années, la valeur d’un spécimen très réussi dans l’art de construire, à la charnière de deux époques. La disposition des locaux obéit à une volonté de simplicité et de lumière partout présente. À une époque où les lycéens de France travaillaient trop souvent dans des bâtiments sombres où des murailles lugubres les rejetaient dans le travail comme seule consolation, Umbdenstock a voulu que son lycée fut la maison du libre et du gai savoir. Il est vrai que l’on entend souvent chez les usagers quelques plaintes sur la lenteur et les difficultés des « mouvements » dans les couloirs (pourtant larges) et escaliers. Ces critiques reviennent toutes à constater une situation que l’architecte n’avait pas prévue : un bâtiment largement calculé pour 800 élèves peut devenir très incommode pour 2000...