18 octobre 1923. — Inauguration du lycée Pasteur

(actualisé le ) par Cabinet d'histoire-géographie

Officiellement ouvert par un décret du président de la République daté du 30 mai 1914, mais transformé en ambulance à l’été 1914, le lycée Pasteur retrouve sa vocation première au lendemain de la guerre, après des travaux de réhabilitation coûteux qui restent inachevés au moment de la rentrée des classes, le 1er octobre 1919. Présidée par le ministre de l’Instruction publique, l’inauguration se tient le 18 octobre 1923 et clôture les célébrations du centenaire de Louis Pasteur, né le 27 décembre 1822. La presse parisienne rapporte l’événement dans ses éditions du lendemain, rappelle l’histoire de l’édifice et reprend de larges extraits du « discours très remarqué » prononcé par Léon Bérard, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, à commencer par sa « définition de l’enseignement secondaire français ».

La cérémonie dans Excelsior

Dans son édition du 19 octobre 1923, Excelsior rapporte l’inauguration du lycée Pasteur et publie deux photos de la cérémonie.

LE LYCÉE PASTEUR A ÉTÉ INAUGURÉ A NEUILLY

LE NOUVEL ÉTABLISSEMENT, QUI, PENDANT LA GUERRE, FUT UN HÔPITAL

1. M. JANELLE ; 2. M. APPELL ; 3. M. LÉON BÉRARD ; 4. M. STRAUSS

M. Léon Bérard, ministre de l’Instruction publique, a inauguré hier, à Neuilly, le lycée Pasteur, dont la construction fut commencée en 1912. Quand vint la guerre, l’établissement inachevé fut transformé en hôpital américain et rendit les plus grands services. Il n’est pas encore tout à fait terminé, mais les élèves y sont déjà nombreux. Au cours de la cérémonie d’inauguration, M. Léon Bérard a prononcé un discours très remarqué. Le ministre de l’Instruction publique a annoncé à M. Janelle, proviseur du lycée Pasteur, sa nomination de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.

Excelsior du 19 octobre 1923 dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF


La cérémonie dans Le Journal

Le Journal rappelle l’histoire de l’édifice et évoque les circonstances dans lesquelles s’exprime le ministre de l’Instruction publique.

Inauguration à Neuilly du lycée Pasteur

En 1912 apparut la nécessité, les lycées qui entourent la Sorbonne étant pleins à craquer, d’édifier un grand établissement d’enseignement secondaire dans la banlieue ouest de Paris. L’élégante cité de Neuilly-sur-Seine fut choisie et M. Barthou décida que le nouveau lycée serait placé sous l’égide de notre immortel Pasteur. La rentrée fut fixée au 1er octobre 1914. À cette date, la destination des classes et grands bâtiments fut singulièrement changée. La généreuse Croix-Rouge américaine y installa un hôpital et les blessés de la Marne et de l’Aisne y affluèrent.

Aujourd’hui, huit cents élèves peuplent de leur activité les classes largement aérées. Il a semblé à la municipalité de Neuilly qu’elle devait souligner cette prise de possession d’une cérémonie solennelle. Elle a eu lieu hier devant la foule assemblée des élèves et de leurs parents. Aux côtés de M. Léon Bérard avaient pris place MM. Strauss, ministre de l’Hygiène, Appell, recteur de l’Académie, les parlementaires de la Seine, M. Vallery-Radot, gendre de Pasteur, et le docteur Roux, son illustre successeur.

Successivement, l’architecte du lycée, le proviseur, le maire de Neuilly retracèrent l’effort accompli. M. Appell, salué par les applaudissements de l’assistance, rappela ce qu’étaient les anciens lycées, « maisons au seuil desquelles il fallait laisser l’espoir de voir le monde », et exalta en termes émus l’œuvre des maîtres de l’enseignement.

On pense bien que M. Léon Bérard ne pouvait laisser échapper pareille occasion de justifier une fois de plus ses conceptions de l’éducation secondaire. Il le fit en une allocution charmante où l’humour et la verve n’altéraient point la perfection de la forme. Il dit aux élèves attentifs combien une forte culture les préparerait solidement à la compréhension des mystères de la mécanique et de la télégraphie sans fil. Élèves et parents montrèrent par leurs applaudissements qu’ils consentaient volontiers aux disciplines nouvelles.

Le Journal du 19 octobre 1923 dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF


La cérémonie dans L’Homme libre

L’Homme libre présente le lycée Pasteur — « le plus beau lycée de France » — comme un « lycée-modèle » et rapporte le discours du ministre de l’Instruction publique.

N.B. : la photo ci-contre est datée du 18 octobre 1923, jour de l’inauguration.

Le plus beau lycée de France

M. BÉRARD INAUGURE LE LYCÉE-MODÈLE DE NEUILLY

En présence de MM. Juillard, préfet de la Seine ; Appell, recteur de l’Académie ; des docteurs Roux et Calmette, directeur et sous-directeur de l’Institut Pasteur, qu’accompagnaient la famille de Pasteur et de nombreuses personnalités du monde politique et universitaire, M. Léon Bérard, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, a inauguré hier après-midi, à Neuilly, boulevard Inkermann, le lycée Pasteur.

La construction du lycée Pasteur a été entreprise en 1912 sur des plans où tout a été calculé pour résoudre les délicats problèmes de l’hygiène et du confort scolaires. Des dispositions spéciales ont été prises, par exemple, pour que les classes et les salles d’études ne puissent pas admettre plus d’enfants que le cubage d’air ne le permet.

C’est actuellement le plus beau lycée de France. Aménagé pour recevoir 1 200 élèves, externes et demi-pensionnaires, il n’en compte en ce moment que 800. II n’y a pas d’internes. La construction du lycée était à peine achevée en 1914 qu’il possédait déjà 50 élèves, dont 10 furent tués à la guerre. Si bien qu’à la cérémonie d’inauguration d’hier il y avait une délégation d’anciens élèves…

Pendant la guerre, le lycée Pasteur fut entièrement occupé par des blessés américains. Cela n’empêcha pas M. Janelle, le distingué proviseur, de continuer à assurer à ses élèves des cours en ville, soit dans des hôtels particuliers, soit dans des appartements réquisitionnés. Le lycée rentra chez lui en 1918. L’habileté et la ténacité de ses chefs viennent d’obtenir une double récompense : le prix d’honneur au concours général de 1923, et le prix d’hygiène scolaire, décerné cette semaine à l’exposition Pasteur de Strasbourg.

M. Léon Bérard a prononcé un fort beau discours à l’inauguration du lycée. Il a dit notamment :

« …À n’en juger que par l’ambition modérée avec laquelle on aborde parfois les études, on serait tenté de croire que nous proposons à la jeunesse des modèles d’une grandeur démesurée. C’est l’originalité et l’incomparable vertu de l’enseignement secondaire français, que tout s’y passe – sous tous les régimes scolaires et avec tous les programmes – comme si tous ceux qui le reçoivent étaient appelés à discuter les grands problèmes de l’esprit, à renouveler la beauté ou le savoir, à traiter des plus hauts intérêts des nations. À quelques-uns, ce plan ou cet idéal peut paraître chimérique ou excessif, en opposition anachronique avec la vie affairée que nous menons. Il n’en est pas moins sûr que le jour où nous y renoncerions, l’enseignement secondaire aurait cessé d’exister pour devenir quelque chose à quoi il ne serait peut-être pas facile de trouver tout de suite un nom dans la langue des institutions pédagogiques. Nous voulons qu’il vive, rajeuni et fortifié, parce que nous croyons qu’il répond tout justement, et par son idéalisme même, à une des nécessités pressantes d’aujourd’hui. En un temps où tout se discute, il n’est pas indifférent que ceux qui mènent la discussion puissent tout au moins s’entendre, au vrai sens du mot, jusque dans leurs divergences fatales et quelquefois fécondes. La dispute elle-même ne saurait se concevoir sans une communauté de logique et d’habitudes intellectuelles. Et n’est-il pas d’ailleurs démontré que ces façons de comprendre ont le don de transformer en nobles et utiles controverses des querelles qui tendraient à dégénérer en discorde ? Nous tenons, cependant, et non point seulement par un parti pris d’idéalisme, mais aussi pour l’avoir appris d’une longue expérience, que c’est seulement à un certain degré d’altitude spirituelle que peut se créer entre les intelligences une fraternité réelle et durable. »

L’Homme libre du 19 octobre 1923 dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF

La photo dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF


La cérémonie dans Le Petit Parisien

M. Bérard préside l’inauguration du lycée Pasteur, à Neuilly

M. Léon Bérard, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, a présidé hier après-midi l’inauguration du lycée Pasteur de Neuilly.

La première pierre de cet établissement avait été posée en 1912 par M. Guist’hau et la date de l’ouverture officielle fixée au 18 octobre. Mais la guerre avait reculé celle de l’inauguration. Entre temps, cet édifice fut réquisitionné pendant la guerre et servit d’hôpital américain. Il n’est pas encore complètement achevé.

Des discours ont été prononcés par MM. Umbdenstock, architecte, qui mena à bien la construction du lycée ; Deloison, maire de Neuilly ; Janelle, proviseur ; Thamin, directeur de l’instruction secondaire ; Brunet, président de l’association des parents d’élèves.

M. Léon Bérard parla le dernier et prononça un de ces discours si éloquents et si littéraires à la fois dont il a le secret. Il voulut s’attacher surtout, dit-il, à donner aux lycéens qui l’écoutaient une leçon de morale. Le ministre fut également appelé à parler des réformes qu’il a introduites dans les nouveaux programmes de l’enseignement secondaire.

Sans vous faire faute de déclarer vos goûts et de cultiver vos aptitudes, croyez surtout que l’étude des sciences ne vous convient et ne vous importe pas moins que celle des lettres et que ce sont des résultats semblables que vous devez attendre de l’une et de l’autre. On a coutume de dire qu’il faut beaucoup de connaissances scientifiques à des hommes qui sont destinés à vivre parmi les merveilles de la traction mécanique, de la navigation aérienne, de la télégraphie sans fil. Et cela est bien vrai. Mais comme tant de choses trop évidemment vraies, celle-ci se prête trop aisément aux questions mal posées et aux paralogismes insignifiants. On peut pratiquer une bonne hygiène sans avoir une idée très précise des découvertes de Pasteur ; on peut utiliser et quelquefois perfectionner ces savantes machines qui exercent aujourd’hui un tel empire sur les jeunes imaginations, sans connaître à fond les découvertes d’Ampère, de Faraday et de Branly. Ce qu’il y a de plus utile pour vous, c’est-à-dire de puissamment éducatif dans les enseignements, c’est la méthode qui les régit, c’est de voir par quels efforts et quelles démarches de l’intelligence ont été produits les résultats étonnants que vous admirez.

Et il termina ainsi :

La dispute elle-même ne saurait se concevoir sans une communauté de logique et d’habitudes intellectuelles. Et n’est-il pas d’ailleurs démontré que ces façons communes de raisonner et de comprendre ont le don de transformer en nobles et utiles controverses des querelles qui tendraient à dégénérer en discorde ? Nous tenons, cependant, et non point seulement par un parti pris d’idéalisme, mais aussi pour l’avoir appris d’une longue expérience, que c’est seulement à un certain degré d’altitude spirituelle que peut se créer entre les intelligences une fraternité réelle et durable.

Le Petit Parisien du 19 octobre 1923 dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF


La cérémonie dans Le Figaro

N.B. : la photo ci-contre est datée du 18 octobre 1923, jour de l’inauguration.

Inauguration du lycée Pasteur à Neuilly

Non loin du boulevard Inkermann, à Neuilly, s’élève un immense bâtiment aux proportions harmonieuses, qui fait grand honneur à l’architecture française et que – suivant le mot de M. Paul Appell, recteur de l’Université de Paris – « Mæterlinck aurait pu décrire dans son Oiseau bleu, en l’appelant le pays des claires visions. » Ce bâtiment, c’est le lycée Pasteur. Sa construction fut décidée par le conseil municipal de Neuilly en 1908 ; M. Guist’hau en posa la première pierre le 6 juillet 1912 ; M. Louis Barthou lui conféra le 23 novembre 1913 le nom de Pasteur et M. Léon Bérard, ministre de l’Instruction publique, l’inaugura hier, faisant de la cérémonie le dernier épisode des fêtes du centenaire du grand savant.

L’inauguration a eu lieu, dans la salle des fêtes du lvcée. Sur l’estrade, avaient pris place, aux côtés de M. Léon Bérard : MM. Strauss, ministre de l’Hygiène ; Deloison, maire de Neuilly ; amiral Degouy ; général Dennery ; Paul Appell, recteur de l’Université de Paris ; Thamin, directeur de l’enseignement secondaire ; Brunet, président du conseil général de la Seine ; Juillard, préfet de la Seine, les docteurs Roux, Calmette et Louis Martin ; M. Vallery-Radot ; des députés et des sénateurs.

L’éminent architecte du lycée, M. Umbdenstock, « suivant une tradition médiévale », remit, « en sa qualité de maître de l’œuvre » le bâtiment au ministre de l’Instruction publique.

M. Janelle, proviseur du lycée, annonça que le lycée venait d’obtenir à l’exposition Pasteur de Strasbourg, le diplôme de grand prix dans la section d’hygiène scolaire, puis il retraça la vie du lycée.

MM. Deloison, maire de Neuilly ; Beaunet, président de l’Association des pères de famille du lycée ; Brunet, président du conseil général, prirent ensuite la parole. M. Paul Appell salua « le beau lycée où les enfants de demain viendront cueillir les lauriers de la paix dans une victoire glorieusement conquise malgré tous les obstacles. »

Puis M. Léon Bérard s’adressa aux élèves du lycée et les entretint, avec une bonne grâce, une verve et une bonne humeur que tout l’auditoire apprécia vivement, des questions dont ils doivent se montrer le plus préoccupés. Il leur parla, notamment, en ces termes, de la question du français.

« Nous n’exigeons assurément pas que vous disiez dans tous vos discours : “J’eusse souhaité que vous fussiez attentif afin que vous m’entendissiez.” Mais nous continuerons de réagir contre l’usage assez général dont vous pourriez vous autoriser pour dire qu’ “on vous a causé” ou encore qu’ “on a parlé qu’il y aurait un jour de congé à l’occasion de la présente cérémonie”. Si nous pensions que de telles façons de parler fussent bonnes, nous laisserions à des voix plus aimables, sinon plus autorisées que les nôtres, le soin de vous en instruire. »

Le ministre recommanda à ses auditeurs de bien se rendre compte que l’étude des sciences ne leur importe pas moins que celle des lettres, et il donna cette belle définition de l’enseignement secondaire français. « C’est l’originalité et l’incomparable vertu de l’enseignement secondaire français que tout s’y passe — sous tous les régimes scolaires et avec tous les programmes — comme si tous ceux qui le reçoivent étaient appelés à discuter les grands problèmes de l’esprit, à renouveler la beauté ou le savoir, à traiter des plus hauts intérêts des nations. À quelques-uns, ce plan ou cet idéal peut paraître chimérique ou excessif, en opposition anachronique avec la vie affairée que nous menons. Il n’en est pas moins sûr que, le jour où nous y renoncerions, l’enseignement secondaire aurait cessé d’exister pour devenir quelque chose à quoi il ne serait peut-être pas facile de trouver tout de suite un nom dans la langue des institutions pédagogiques. »

M. Léon Bérard annonça enfin, au milieu des applaudissements de toute l’assistance, qu’il allait soumettre à la signature du président de la République un décret de nomination comme chevalier de la Légion d’honneur de M. Janelle, proviseur du lycée, et qu’à l’occasion de l’inauguration un jour de congé serait ajouté aux vacances de la Toussaint.

Jules Laurent

Le Figaro du 19 octobre 1923 dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF

La photo dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF


La cérémonie dans Le Journal des débats

Inauguration du Lycée Pasteur

Le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts a inauguré aujourd’hui, à 2 h 30, le lycée Pasteur, à Neuilly. Il était assisté de MM. Paul Strauss, ministre de l’Hygiène, Thamin, directeur de l’Enseignement secondaire ; Juillard, préfet de la Seine ; général Dennery, des maires des localités environnantes, etc.

La musique de la garde républicaine prêtait son concours à la cérémonie. M. Léon Bérard a prononcé un discours spirituel, dans lequel il a exposé à ses jeunes auditeurs la nécessité de la discipline. Il ajouta cette jolie leçon de grammaire :

Nous essayons de vous donner le sens et le courage de l’effort, le goût de la difficulté. Et comme l’art de l’éducation consiste tantôt à suivre la nature et tantôt à la contrarier, il se peut bien que nos redressements et nos prohibitions vous déconcertent parfois, s’il ne vous arrive même d’y voir de l’arbitraire ou de la frivolité. Nous croyons, par exemple, qu’il y a des règles pour penser, pour parler, aussi bien que pour se conduire et que beaucoup sont importantes. Peut-être allons-nous même jusqu’à croire avec cet ancien précepteur du Dauphin qu’on ne saurait s’insurger contre les lois de la grammaire sans mépriser un peu les préceptes de la raison. Nous n’exigeons assurément pas que vous disiez dans tous vos discours : j’eusse souhaité que vous fussiez attentif afin que vous m’entendissiez. Mais nous continuerons de réagir contre l’usage assez général dont vous pourriez vous autoriser pour dire qu’on vous a causé ou encore qu’on a parlé qu’il y aurait un jour de congé à l’occasion de la présente cérémonie.

Et ceci sur l’étude des sciences, aussi nécessaire que celle des lettres :

On a coutume de dire qu’il faut beaucoup de connaissances scientifiques à des hommes qui sont destinés à vivre parmi les merveilles de la traction mécanique, de la navigation aérienne, de la télégraphie sans fil. Et cela est bien vrai. Mais comme tant de choses trop évidemment vraies, celle-ci se prête trop aisément aux questions mal posées et aux paralogismes insignifiants. On peut pratiquer une bonne hygiène sans avoir une idée très précise des découvertes de Pasteur ; on peut utiliser et quelquefois perfectionner ces savantes machines qui exercent aujourd’hui un tel empire sur les jeunes imaginations, sans connaître à fond les découvertes d’Ampère, de Faraday et de Branly. Ce qu’il y a de plus utile pour vous, c’est-à-dire de puissamment éducatif dans les sciences, c’est la méthode qui les régit, c’est de voir par quels efforts et quelles démarches de l’intelligence ont été produits les résultats étonnants que vous admirez.

Qu’en pourrions-nous dire de plus clair et de plus significatif que la merveilleuse histoire qu’évoque le nom immortel inscrit au frontispice de ce lycée ?

Et enfin cette définition de notre enseignement national :

C’est l’originalité et l’incomparable vertu de l’enseignement secondaire français, que tout s’y passe – sous tous les régimes scolaires et avec tous les programmes – comme si tous ceux qui le reçoivent étaient appelés à discuter les grands problèmes de l’esprit, à renouveler la beauté ou le savoir, à traiter des plus hauts intérêts des nations. À quelques-uns, ce plan ou cet idéal peut paraître chimérique ou excessif, en opposition anachronique avec la vie affairée que nous menons. Il n’en est pas moins sûr que le jour où nous y renoncerions, l’enseignement secondaire aurait cessé d’exister pour devenir quelque chose à quoi il ne serait peut-être pas facile de trouver tout de suite un nom dans la langue des institutions pédagogiques. Nous voulons qu’il vive, rajeuni et fortifié, parce que nous croyons qu’il répond tout justement, et par son idéalisme même, à une des nécessités pressantes d’aujourd’hui. En un temps où tout se discute, il n’est pas indifférent que ceux qui mènent la discussion puissent tout au moins s’entendre, au vrai sens du mot, jusque dans leurs divergences fatales et quelquefois fécondes. La dispute elle-même ne saurait se concevoir sans une communauté de logique et d’habitudes intellectuelles. Et n’est-il pas d’ailleurs démontré que ces façons de comprendre ont le don de transformer en nobles et utiles controverses des querelles qui tendraient à dégénérer en discorde ? Nous tenons, cependant, et non point seulement par un parti pris d’idéalisme, mais aussi pour l’avoir appris d’une longue expérience, que c’est seulement à un certain degré d’altitude spirituelle que peut se créer entre les intelligences une fraternité réelle et durable.

Le Journal des débats du 19 octobre 1923 dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF


Le discours de Léon Bérard dans la presse parisienne

Le Matin du 19 octobre 1923

Le Temps du 19 octobre 1923

L’Intransigeant du 19 octobre 1923

L’Œuvre du 19 octobre 1923

La Lanterne du 19 octobre 1923


Sommaire

Les premières années du lycée Pasteur dans la presse parisienne (1912-1934)