17 juillet 1914. — Fin de la construction du lycée Pasteur

(actualisé le ) par Cabinet d’histoire-géographie

Commencée en 1912, la construction du lycée Pasteur s’achève à l’été 1914, pour une ouverture à la rentrée des classes, fixée au vendredi 2 octobre. Conçu par l’architecte Gustave Umbdenstock, l’édifice occupe un site grand d’un hectare, ouvert sur le boulevard d’Inkermann et borné par les rues Pauline-Borghèse et Perronet. Après l’entrée en fonction la veille de son premier proviseur, le lycée reçoit le 17 juillet un journaliste du Petit Parisien : « Jamais, sans doute, dans notre pays, écrit-il, on n’a témoigné autant de sollicitude éclairée aux jeunes générations qui, demain, constitueront les forces vives de la nation, formeront les réserves sur lesquelles elle pourra compter. »

La visite du nouveau lycée par Le Petit Parisien

Dans son édition du 18 juillet 1914, Le Petit Parisien rapporte que les travaux de construction du lycée sont achevés et annonce l’ouverture de celui-ci à la rentrée d’octobre. Le voyage par voie de mer du président de la République en Russie fait l’objet le même jour d’un article publié à la une sous le titre suivant : « Tout va bien à bord ». Rien ne laisse penser que la guerre est proche.

N.B. : la photo ci-dessous est conservée sans datation précise dans les collections de la Library of Congress et des National Archives  ; elle est publiée par le New York Times dans son édition du 22 novembre 1914.

On a achevé d’édifier à Neuilly-sur-Seine un lycée de garçons

Ce magnifique établissement scolaire sera inauguré au mois d’octobre prochain

Jamais, sans doute, dans notre pays, on n’a témoigné autant de sollicitude éclairée aux jeunes générations qui, demain, constitueront les forces vives de la nation, formeront les réserves sur lesquelles elle pourra compter.

Les sociologues, les éducateurs ont compris que l’enfant, l’adolescent devaient être entourés de soins attentifs, qu’il était indispensable de surveiller leur développement physique et moral, si l’on souhaitait qu’ils devinssent des hommes sains, robustes, cultivés, capables de porter sans défaillance le flambeau au moment où les aînés le leur transmettront.

Ces nobles préoccupations s’avèrent non seulement par les progrès d’une science née d’hier et qui s’appelle la puériculture, non seulement par l’élaboration de programmes scolaires plus rationnels, plus conformes aux nécessités de l’avenir, mais encore par le souci que nous avons de placer l’enfant dans le cadre le plus favorable à l’éclosion des qualités dont nous voulons qu’il soit pourvu quand il entrera dans la vie.

Car nous sommes enfin gagnés à cette théorie que le milieu a une influence considérable sur l’individu.

Et voilà pourquoi les écoles, collèges, lycées nouvellement érigés ne sont plus les lourdes, les lugubres, les rébarbatives bâtisses que nos pères et nous-mêmes avons connues et qui tenaient à la fois de la prison, de la caserne, de l’hôpital.

L’air vivifiant, la lumière, génératrice de santé, de joie et de franchise pénètrent maintenant largement dans ces bâtiments aux lignes harmonieuses, aux tonalités séduisantes qu’on élève de toutes parts, où nos enfants passeront leurs jeunes années, où ils subiront des impressions dont leur mentalité future dépendra certainement.

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Toutes ces réflexions nous venaient à l’esprit hier, en visitant le nouveau lycée Pasteur, à Neuilly, qui, à la rentrée du mois d’octobre prochain, ouvrira ses portes à huit cents petits garçons de France.

Commencé en juin 1912, il aura coûté trois millions de francs, que paieront par moitié l’État et la ville de Neuilly.

Situé sur le boulevard d’Inkermann, limité à gauche par la rue Perronnet, à droite par la rue Borghèse, adossé aux grands jardins des propriétés voisines, le lycée Pasteur séduit dès l’abord par une souveraine harmonie de lignes.

Les bâtiments, du plus pur style Louis XIII (pierre blanche et brique), affectent sensiblement la forme d’un trapèze privé de sa plus grande base.

Grâce à cette disposition, qui en franchit le seuil a l’impression heureuse d’y être chaleureusement accueilli les deux côtés obliques du trapèze s’ouvrant comme des bras amis qui souhaitent la bienvenue.

Et quand, se trouvant dans la vaste cour, précédant le corps principal, on se retourne, aucun mur, aucun écran n’arrête le regard l’air, l’espace, le ciel, les arbres voisins sont là, la vie est proche.

L’enfant qui doit vivre ses plus belles années en cette maison n’aura, à aucun moment, la pensée qu’il y est captif.

On s’est ingénié, au contraire, à lui donner l’illusion de la liberté.

Et cela n’en doutons pas lui fera accepter allègrement l’indispensable discipline physique et intellectuelle à laquelle il lui faudra se plier, rendra son travail plus heureux, plus volontaire, partant plus riche en résultats.

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Pénétrons dans ces vastes locaux, visitons les classes.

Toutes reçoivent l’air et la lumière de deux côtés à la fois, par de grandes baies ouvertes, d’une part sur le boulevard, de l’autre sur de larges galeries, où les mouvements d’entrée et de sortie seront extrêmement aisés.

Le développement de ces galeries, l’angle très obtus sous lequel elles se réunissent pour aboutir aux paliers des escaliers frappent le visiteur dont l’œil embrasse sans difficulté les dégagements de tout un étage.

— Bravo, dira le pédagogue de la vieille école, voilà qui rendra facile la surveillance.

— Bravo, dirons-nous à notre tour voilà qui suscitera ou développera la franchise des hôtes de ce lycée, où il n’existe aucun angle rentrant permettant de se dissimuler pour échapper aux responsabilités d’une faute ou pour en préparer une.

De vastes amphithéâtres pour la chimie, la physique, l’histoire naturelle, des salles de dessin aménagées comme de véritables ateliers d’artistes, avec des plafonds vitrés, des réfectoires aérés, sains, gais complètent cet établissement, sur le fronton duquel on lira un seul mot : PATRIE.

Tel est le lycée Pasteur. Il fait le plus grand honneur à la science, au sens artiste de l’homme qui en conçut les plans, en dirigea tous les travaux.

Professeur à l’École polytechnique et à l’École des beaux-arts, M. Gustave Umbdenstock, dont plusieurs générations d’officiers et d’architectes ont suivi l’enseignement avec passion, a réussi à exprimer de façon éloquente, par la brique et par la pierre, les idées d’énergie et de franchise qu’il ne cesse d’inculquer aux auditeurs de ses cours et ses conférences.

Il serait grandement désirable, au mois d’octobre, lorsque les huit cents petits Français pour lesquels le lycée Pasteur fut érigé en franchiront le seuil, qu’une voix autorisée se fit entendre pour leur dire quel beau symbole se dégage de la maison où ils apprendront à devenir des hommes.

Le Petit Parisien du 19 octobre 1923 dans la bibliothèque numérique Gallica-BNF

La photo dans la bibliothèque numérique des National Archives

La photo dans la bibliothèque numérique de la Library of Congress

La photo sur le site Lakeside Unit (Cleveland)


Annexes

Les unes du Petit Parisien témoignent de la dégradation soudaine de la situation internationale au début d’août 1914 :

– « Tout va bien à bord » (18 juillet 1914)

La une du 18 juillet 1914

– « Heures tragiques » (1er août 1914)

La une du 1er août 1914

– « La France décrète la mobilisation générale » (2 août 1914)

La une du 2 août 1914

– « Sans déclaration de guerre, l’Allemagne a envahi notre territoire » (3 août 1914)

La une du 3 août 1914

L’inventaire général du patrimoine culturel conserve une description du lycée :

Lycée Pasteur - Neuilly-sur-Seine

La Library of Congress (Washington) conserve une photo du lycée après la fin de sa construction :

Le lycée Pasteur vu depuis le sud-est

Notice du document et autres formats

Library of Congress (Washington)

Le site Lakeside Unit (Cleveland) publie le même document et dispose d’une vaste collection de photos du lycée pendant la guerre :

Le lycée Pasteur vu depuis le sud-est

Lakeside Medical Unit (Cleveland)


Sommaire

Les premières années du lycée Pasteur dans la presse parisienne (1912-1934)