« Le premier siècle du lycée Pasteur » (2014)

(actualisé le ) par Cabinet d'histoire-géographie

L’histoire du lycée fait l’objet d’une première synthèse en 1953. Écrite par Albert Jourcin (1901-1999), elle est complétée par Michel Arondel (1923-2005) à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de l’établissement (1989). Plusieurs fois remanié, le texte est repris dans une série de brochures de la fin des années 1990. Une nouvelle notice historique est rédigée en septembre 2014 à l’occasion du centenaire du lycée.

La construction du lycée

La construction du lycée de garçons de Neuilly commence le 6 juillet 1912, à deux heures de l’après-midi, par la pose d’une première pierre, sous une tente rouge et blanche, à l’angle du boulevard d’Inkermann et de la rue Perronet. Voulue par la municipalité depuis 1893, elle ne trouve le soutien de l’État que quinze ans plus tard et s’ouvre par une cérémonie qui associe le ministre de l’Instruction publique, le président du conseil général de la Seine et le député-maire de Neuilly. Sur proposition de la municipalité, le lycée reçoit du ministère le nom de Louis Pasteur (1822-1895) et sa construction s’achève à l’été 1914, pour une ouverture à la rentrée des classes fixée au vendredi 2 octobre.

Conçu par l’architecte d’origine alsacienne Gustave Umbdenstock (1866-1940) pour accueillir 800 élèves externes et demi-pensionnaires, l’édifice occupe un site grand d’un hectare, ouvert sur le boulevard d’Inkermann et borné par les rues Pauline-Borghèse et Perronet. Il abrite une vaste cour intérieure, s’élève sur trois étages et emploie dans la fabrication de ses planchers un matériau nouveau, le béton armé. Librement inspirées de la première Renaissance française (1498-1515), ses façades ajourées de baies cintrées ou rectangulaires et ses toits à pente raide marient la pierre, la brique et l’ardoise. Une tour d’angle flanque le bâtiment au sud et son pavillon central, agrémenté d’un avant-corps à fronton sculpté, est surmonté d’un campanile pourvu sur ses quatre faces d’un cadran d’horloge et d’une inscription gravée en lettres d’or : L’heure française sonnera toujours, à l’est ; Quand l’heure sonne, homme sois debout, au sud ; L’heure revient, l’homme ne revient pas, à l’ouest ; Toute heure blesse, la dernière tue, au nord.

La création de l’ambulance américaine

La déclaration de guerre du 3 août 1914 prive les 600 lycéens inscrits d’une rentrée des classes dans l’édifice qui leur était promis. En réponse à une proposition de l’Hôpital américain de Paris d’accueillir des blessés de guerre sur le site qu’il occupe à Neuilly, le ministère de la Guerre décide, malgré les réserves de la municipalité, de réquisitionner le bâtiment d’Umbdenstock pour le mettre à la disposition de la colonie américaine de Paris, laquelle le transforme en ambulance, c’est-à-dire en hôpital de guerre.

Opérationnelle le 1er septembre, après dix-sept jours de travaux, l’ambulance américaine recueille ses premiers blessés alors que s’engage la bataille de la Marne (6-9 septembre). Elle reçoit la visite du président Poincaré, de retour d’une tournée sur le front, dans l’après-midi du 7 octobre. Financée par des dons collectés outre-Atlantique et servie par un personnel de santé volontaire, elle organise un service automobile qui assure l’acheminement des blessés depuis le front ou les gares de débarquement. Dans son édition du 22 novembre, le New York Times fait le récit de ses premières semaines, sur une pleine page, dans un article intitulé : Don overalls to found military hospital.

Le lycée Pasteur accomplit la rentrée des classes hors de ses murs et disperse ses cours dans des salles des alentours pour toute la durée de la guerre. Il accueille 800 élèves à la rentrée de 1915.

L’inauguration du lycée

Le bâtiment d’Umbdenstock retrouve sa vocation première au lendemain de la guerre, après des travaux de réhabilitation coûteux qui restent inachevés au moment de la rentrée des classes, le 1er octobre 1919. Des laboratoires de physique, de chimie et de sciences naturelles sont aménagés au début des années 1920. Une plaque de marbre, apposée dans le parloir, rappelle le souvenir des professeurs et anciens élèves tués à la guerre. Présidée par le ministre de l’Instruction publique, l’inauguration se tient le 18 octobre 1923 et clôture les célébrations du centenaire de Louis Pasteur, né le 27 décembre 1822.

La naissance d’un lieu de mémoire

Le 1er septembre 1934, le lycée accueille une cérémonie franco-américaine qui commémore la fondation de l’ambulance à l’occasion de son vingtième anniversaire. Avant l’audition des hymnes et en présence d’une demi-douzaine de ministres, de l’ambassadeur des États-Unis, de délégations d’anciens combattants, d’anciens blessés et d’infirmières, deux mutilés de guerre soignés à l’ambulance dévoilent les plaques de marbre bilingues apposées dans le vestibule d’honneur du lycée. Plusieurs journaux parisiens rapportent l’événement à la une de leur édition du lendemain. Le bâtiment d’Umbdenstock est devenu un lieu de mémoire.

Cinq ans plus tard, le lycée retrouve la guerre, mais sans revivre la même histoire, même s’il accueille, dans son aile Borghèse, une seconde ambulance américaine. Il affronte, comme le pays dans son entier, les épreuves de la défaite, de l’occupation et de la déportation. Une plaque de marbre, apposée dans le parloir, au milieu des années 1950, déroule la longue liste des professeurs et des élèves ou anciens élèves tués à la guerre, dans les combats de la Résistance ou en déportation. À la mémoire de la Grande Guerre vient s’ajouter celle des années noires.

Continuité et changements

Attaché à son passé, le lycée participe néanmoins aux changements du second XXe siècle. À la rentrée de 1949, il trouve la récompense du travail accompli depuis trois décennies dans la création de ses deux premières classes préparatoires aux grandes écoles, l’une littéraire, l’autre scientifique, or ces deux classes sont mixtes. Lycée de garçons depuis l’origine, sauf cas particulier, il s’ouvre peu à peu aux jeunes filles et la mixité se généralise dans les années 1970. Il s’engage de la même façon dans la voie de la massification scolaire : conçu pour recevoir 800 élèves, il en accueille 2 000 dans la seconde moitié du siècle. Comme l’institution scolaire dans son entier, il est traversé par les débats de Mai-1968.

Au tournant du siècle, l’édifice connaît des transformations qui s’efforcent de concilier sauvegarde du patrimoine et modernisation de l’enseignement ou de la vie scolaire : aménagement d’un libre-service et d’une salle de restaurant couverte d’une pyramide de verre, rénovation des salles de classe et de conférence, de la bibliothèque et des laboratoires spécialisés, réfection des façades et du campanile, informatisation des salles et mise en réseau de plusieurs centaines d’ordinateurs. Le lycée est présent sur la toile depuis une quinzaine d’années : le site pionnier de l’an 2000 est remplacé en 2005 par un site plus fonctionnel, lequel cède la place à un site dynamique et collaboratif en 2013.

Son histoire singulière donne à ses anniversaires un éclat particulier : la célébration de son cinquantenaire en 1964, celle de son soixante-quinzième anniversaire en 1989, celle de son centenaire en 2014. Pourvu dans les années 1950 d’un cabinet d’histoire situé au deuxième étage de l’aile Perronet, le lycée Pasteur est à la fois un lieu de mémoire et un objet d’histoire.

« Le premier siècle du lycée Pasteur », cabinet d’histoire-géographie, 2014.